Les patients cérébrolésés des services de neurologie ainsi que les stagiaires de l’ESAT de l’orange épicée et de l’UEROS ont été les principaux bénéficiaires de ce projet
La conférence des oiseaux de Jean Claude Carrière – inspiré du célèbre poème soufi de Farid al-Din Attar – relate les hésitations, les réflexions et le voyage des oiseaux, conduits par la huppe, à la recherche de Simorgh, leur roi, à travers les sept vallées merveilleuses. Nous nous sommes intéressés à ce texte qui parle d’oiseaux qui se réunissent et doivent décider de partir pour un grand voyage initiatique, ou de rester. Une thématique qui apparaît au début du roman de JC Carrière et qui est vite devenue l’axe principal du projet. Le parcours initiatique des oiseaux, les questions existentielles qui traversent le texte rencontraient fortement leurs préoccupations, les questions par rapport à leur avenir, à leur place dans la société.
La majorité des participants étaient des personnes cérébrolésées. La lésion cérébrale constitue bien souvent une cassure dans l’histoire et l’identité du sujet, qui peut être atteint dans toutes les dimensions du comportement humain. Ces séquelles bouleversent les relations de la personne avec son entourage et conduisent fréquemment à une situation d’isolement et d’exclusion importante. Ce sont donc toutes les dimensions de la vie professionnelle et sociale qui sont à reconstruire, au cours d’un parcours de soin généralement long.
La question du voyage — qui veut partir ? Et, qui ne veut pas partir ? Et à chacun.e de dire pourquoi ? — Les a donc amenés à la fois vers un ailleurs et leur a donné dans le même temps la possibilité de s’exprimer, de parler d’eux-mêmes, de leurs peurs et de leurs désirs, sans que cela ne leur soit jamais directement demandé. L’envie était d’écrire une variation à partir de ce texte, inventer une fable avec les participant- e-s de l’atelier à partir de leurs personnalités, afin qu’ils deviennent auteurs et acteurs de ce projet.Une allégorie qui a permis aux participant.e. s de parler d’eux / d’elles. Chaque participant.e.s s’est identifié à un oiseau ou à un personnage du conte. Nous les avons amenés à écrire et à développer des portraits fictifs en s’inspirant de leurs qualités, leurs défauts, leurs forces et leurs faiblesses.
Ce projet a été produit et réalisé en partenariat par l’indicible Compagnie.
Ecriture et mise en scène Sandrine Lanno et Paola Comis

« Alors, finalement je ne veux plus partir : je reste parce que je ne veux pas la laisser seule. Non, je ne partirai pas parce que vous n’êtes pas en mesure de comprendre les peurs des autres.
Non, je ne partirai pas parce que chez autrui, on est au-dessus de l’arbre comme disait ma maman.
Je ne partirai pas car je serai angoissée de les savoir seuls.
Je ne partirai pas par amour pour elles et par attachement à notre terre.
Je ne partirai pas par peur de me déraciner, par peur d’un voyage lointain vers une terre inconnu, par peur de lendemains incertains.
Je ne partirai pas par peur de tout devoir reprendre à zéro. Je ne partirai pas de peur de laisser le vide derrière moi. Je ne partirai pas parce ce que je suis mieux dans mon univers. Je ne partirai pas pour rester arroser le jardin de mon cœur. Je ne partirai pas pour rester poser des fleurs sur les tombes de ceux qui m’ont quittée. »
Ninon (extrait du texte écrit pour Variation autour de la conférence des oiseaux)
« Je vole en solitaire, parfois par choix et, parfois, je me surprends à imaginer un ami fidèle qui me comprendra et suivra les battements de mon cœur. Je me nourris des pensées envolées de ceux qui n’osent plus dire ce qu’ils ressentent. Je suis à la fois fort de par ma taille et fragile car j’ai dans l’âme emmurée un océan de blessures et de secrets qui me pèsent et qui me consument, comme le feu argenté qui brûle à travers mes plumes. Je suis un de ces êtres qui inspire l’inverse de ce que je suis. Je cherche encore ma place à travers ce monde. Tantôt sage et docile et tantôt agressif face aux échecs qui me paralysent de peurs.
Sur ma route je n’ai croisé nul être qui puisse comprendre les nuances qui règnent dans mon cœur et le chaos de mon âme tiraillée entre mon image et ce que je cache au fond de moi. Au fil de mes rencontres et de mes voyages j’ai commencé à comprendre que le monde est un amour qui n’a pas de coup de foudre. C’est un amour qui, comme la rose, prend le temps d’éclore avant de se montrer dans sa forme la plus parfaite. J’ai donc décidé de rester dans un endroit au hasard et de nous laisser le temps de tomber amoureux l’un de l’autre. Je reste donc ici pour apprivoiser le cœur de cet endroit. Je reste. »
Sabrina (extrait du texte Variation autour de le conférence des oiseaux)