Les hommages œuvrent à « faire tenir ». On recompose le disparu pour pouvoir, dans l’avenir et pour longtemps, composer avec lui. Chacun de ceux qui prennent la parole raconte tantôt une anecdote, tantôt un secret, tantôt parle de son humour, sa sagesse, ses travers ou sa générosité. On y cultive l’art des versions, c’est à dire l’art de la coexistence d’histoires hétérogènes. Et, chacun de ceux qui restent découvre ainsi des choses qu’il ne savait pas du disparu.
Le mort s’épaissit de toutes ces histoires, de tous ces récits qui le composent en une nouvelle personne, plus complète, plus dense, plus surprenante, mieux liée, unifiée dans l’hétérogénéité des versions de lui-même. Apparaît une personne à la personnalité plus riche que ce qu’elle était de son vivant. Le disparu devient plus important pour ceux qui restent dans le sens où il importe plus et de nouvelles manières.
Les hommages sont des processus d’amplification d’existence. La personne défunte y gagne en réalité. Elle peut donc prolonger les effets qu’elle avait en tant que vivante dans la vie de ceux qui vont hériter et la faire vivre autrement : être multiple aux multiples effets.
En imaginant ce portrait, il s’agit aussi d’honorer la multiplicité des regards qui nous construisent et de recomposer le défunt parce que c’est l’incontournable condition pour une histoire à continuer.













